TROIS
CREATIONS
. une mise en scène théâtrale
. une création vidéo
. une création sonore
Une mise en scène
théâtrale
Le
théâtre est avant tout un lieu de métaphores,
donc d’émotions et de découvertes...
Miroir
et signe de la vie, il permet un regard aiguisé,
critique, moqueur, comique ou dramatique, tendre
ou acidulé sur cette vie et ses déboires.
L’idée
d’aborder un thème comme celui de l’alcool par
le biais d’une incarnation vivante d’acteurs
sur un plateau, m’a semblé d’emblée une idée
forte. On tenterait la réflexion d’images tirées
du vécu quotidien pour mieux réfléchir. On tenterait
leur agrandissement pour mieux voir et sentir,
et on tenterait un pas en arrière, de prise
de distance, pour mieux percevoir.
On
permettrait au spectateur de pénétrer le monde
de l’alcool par l’intérieur plutôt qu'à travers
le regard du professionnel, du scientifique,
du sociologue ou du médecin.
Mais,
par dessus tout, on tenterait de faire sentir
au spectateur la vulnérabilité et la déchirure
de tous ceux et celles ont mis l'alcool dans
leur vie, tout en lui faisant sentir que cette
déchirure n’est peut-être pas plus vive que
toutes celles qu’il vit lui-même ou les siens.
Il
faut trouver chez le spectateur la faille qui
le met exactement à la même place que celui
qu’il regarde et écoute.
Victor
Hugo décrivait en ces termes la réaction de
Monseigneur Myriel face à ceux qui accusent
“ l’autre ” de faute :
Quand
il voyait tout le monde crier bien fort et s’indigner
bien vite :
- Oh ! Oh ! disait-il en souriant, il y a apparence
que ceci est un gros crime que tout le monde
commet. Voyez ces hypocrites qui se dépêchent
de protester et de se mettre à couvert !
Il
s’agit donc de créer un moment non de protestation
mais de compassion, non de mise à couvert mais
de mise en danger.
Un
regard neuf et 'frais' pourrait se poser sur
ces questions, le regard d'un homme de théâtre
qui n'avait pas encore connu ces réalités ni
rencontré ces personnes...
Stephen
Shank
Une création vidéo
Inscrire ce texte dans des images que nous pouvons
tous reconnaître, dans des lieux, des actions
qui nous sont familières. C’est à dire inscrire
les images dans le monde contemporain dans lequel
nous vivons, dans son quotidien, sa banalité.
Ne
pas tourner d’images fortes, d’images dramatiques.
Il fallait laisser la place au texte, et trouver
une co-habitation, et du texte et de l’image
de tel sorte qu’ils interagissent l’un avec
l’autre. C’est seulement de cette interaction
que pouvait naître une réelle force dramatique
capable de toucher le spectateur.
Eviter
de filmer un personnage et de créer un processus
d’identification avec un seul personnage. Créer
une distance qui nous permettrait de penser
que cette voix qui nous parle est tout un chacun,
que c’est le voisin de palier ou le collègue
de travaille, ou un oncle ou une soeur.
Que
l’histoire qui en ressorte soit celle de tout
le monde, sans montrer du doigt l’autre, mais
en incluant tout le monde dans le même bateau.
Utiliser
le tissu urbain comme matière d’image première,
s’attarder sur les lieux de résidence, les filmer
de l’extérieur, la nuit. Filmer la ville de
nuit, comme si nous vivions tous dans un mouchoir
de poche, et que les histoires que nous entendons
sont celles de tout le monde. Tous nous sommes
liés, concernés par ce que nous entendons.
De
cette manière nous faisions exister à la fois
l’intimité de chacun, mais aussi, nous faisions
vivre un ensemble d’intimité, l’une à côté de
l’autre.
Travailler
sur la répétition et sur le mouvement circulaire,
en essayant formellement de faire sentir un
cercle fermé duquel il est difficile de sortir.
L’image
d’un homme qui court me semblait juste par rapport
au texte “Voilà”. Essayer de faire sentir à
l’image l’effort du corps dans la course, mais
aussi le bien être et la douleur liée à la course
de fond. Cet exercice physique me semblait source
de sensations cinématographiques complexes,
sensation où cohabitent à la fois la souffrance
et le bien être, l’envie d’arrêter et la volonté
interne de continuer à avancer.
John
Shank
Une création sonore
Notre matière première de travail est la voix
d’un homme. Une voix incarnée derrière laquelle
on sent un corps, une présence forte.
Nous
considérons cette voix comme une énergie variable.
En effet le travail le plus important est de
travailler le rythme de la voix, ses changements
et ses ruptures, son emballement et son ralentissement,
sa vitalité et sa fatigue.
Ce
travail sur la voix est accompagné d’un travail
de montage sonore qui a pour but de faire sentir
à l’auditeur des états émotionnels et physiques
précis liés aux histoires que nous racontent
le narrateur.
John Shank